Ca y est, j'y suis ! Ce jour tant attendu est arrivée… KOULOUBIN DOUGOU, c'est la frontière enfin, à trois kilomètres près.
Mais de douaniers, point ; de poste, point ; de gendarmes,
point !... Alors visa, passeport..; on verra ça plus tard. C'est le bout du monde ici. Ca doit y aller en trafics en tous genres !
Je suis reçue par le directeur de l'école (en dure
celle-là) ! Avec les trois autres enseignants bien sympas.
Le Bafing est là, tout près, à quelques dizaines de mètres.
Trois jours de repos et le départ est prévu le lundi 10 décembre…
de l'autre côté, c'est la Guinée... drôle de frontière !
J'en profite pour préparer le tronçon suivant avec les autochtones qui connaissent bien le coin.
"LA FRONTIERE-LA SOURCE" 400 km ? Aucune idée : je sais seulement que ce ne sera pas aussi facile : des parcs, des mines d'or, des
cascades, des montagnes et j'espère des chimpanzés !
Et le physique et le mental dans tout ça ?
Toujours quelques petites tensions dans la cheville
gauche et une ampoule au pied droit, le tout guéri en trois jours. J'ai bien trouvé mes limites et mo rythme. Pas plus de 10-12 km par jour et pas plus de 4 km/h. facile de calcul : ¼
d'heure = 1 Km ! C'est régulier. Je vérifie de temps en temps au GPS (Encore merci Stéphane de Clermont Ferrand).
Je n'ai pas vraiment repris de graisse, aussi la ceinture des
sacs à dos sur les hanches, les bretelles sur les clavicules et les coussinets dans le dos me font-ils un peu souffrir au bout de quelques kilomètres et nécessitent la mise en place de
protections; le positionnement du sac à dos est tout un art. Le moindre pli du tee-shirt ou du pantalon blesse douloureusement. Cela me rappelle les bandages sur l'œdème de mon poignet
opéré…
Avant, j'étais le crois assez méticuleuse, je
suis devenue pointilleuse, maniaque, plein de "toc"..; ma survie dépend de ce que je porte. Aussi, l'ordre et le rangement sont-ils primordiaux dans ce genre d'expédition. Pouvoir
retrouver ce que je cherche du premier coup, cela peut-être vital. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place !
Quant au moral ?
Au beau fixe comme le temps ! On me disait fragile ? J'avance
inexorablement vers mon but, ma source ! bien sûr je traverse des épreuves, mais chacune me rend un peu plus forte, un peu plus lucide. Tout devient limpide, même les railleries, les
humiliations, l'humour à deux balles ! Tout à un sens…
Et le "palu" dans tout ça ? Un
lointain souvenir qui m'a laissé un goût amer et quelques kilos en moins… Après avoir découvert, avec stupéfaction, qu'il existait, en Afrique : - le palu chronique, le palu des genoux, le
palu donné par le maïs, l'huile, le piment ou la banane (authentique…) ! Eh bien moi, j'ai écopé du "palu de l'âme". Joli n'est-ce pas ? Il me fallait au moins ça !
Mes premiers 200 km
Le premier tronçon Bafoulabé-Manantali fut riche en relations humaines, découvertes et épreuves en tout genre. Peut-être était-ce la
nouveauté ?
La deuxième partie Manantali-La frontière fut plus la routine dans des contrées plus que pauvres avec peu de contacts humains.
Les paysages variés sont ma seule distraction : "montagnettes", collines, forêts de bambous, passages épiques de rapides, rochers ou
sable, malheureusement souvent défigurés par des feux de brousse laissant derrière eux des plaines noircies, des arbres calcinés, des termitières-champignon vides devenues cimetières, et combien
d'insectes et petits animaux calcinés, réduits en cendres ?
La grande déception, c'est l'absence de toute faune : il n'y a plus d'animaux sauvages au mali, à part dans les réserves ou parcs
nationaux. En 200 km, j'ai vu exactement trois rats-palmistes (écureuils gris rayés de noir).
C'est tout. Restent les oiseaux, peu de rolliers mais des perroquets vert-fluo, des petits calaos à bec rouge, des merles métalliques au
plumage moiré bleu-vert et même chose rare, un très bel aigle-pêcheur.
Et partout, la pauvreté en lambeaux de haillons, l'analphabétisme, l'ignorance qui ont rendu les humains plus inhumains que les animaux…
la malnutrition, le manque d'hygiène et de soins ont augmenté gravement le taux de mortalité infantile ainsi que l'excision toujours pratiquée à grande échelle. Mais qu'est-ce que la vie d'un
enfant ici ? RIEN…
Les éléphants, les grands singes ont plus de tendresse et d'attentions envers leurs petits…
Et aussi, ces "marabouts-escrocs", exploiteurs d'enfants-talibés qui leur sont confiés, la honte de l'Afrique.
Et aussi, ces écoles-fantômes sui n'en n'ont que le nom = constructions de paille, de bancs sans bureau, juste un tableau…
Ils ont bien du mérite ces enseignants, esseulés, déracinés -sans leur famille restée à Kita-, déprimés pour certains et sans aucun
matériel pour "éduquer".