DEPART le 27/10/2007
"Sur un parcours de 100km, c'est le premier pas le plus difficile !"
Eh bien, ça y est je l'ai fait ! Là, on ne fait plus la mariolle, départ sans tambours ni trompettes dans le froid du petit matin.
Cette piste en latérite rouge me rappelle celle du Grand canyon du Colorado avec ma fille âgée de 2ans et demi, il y a 27 ans jour pour
jour ! Poussière rouge qui vous envahit les narines, chaleur intense ...
Ca chauffe dur, certaines personnes s'arrêtent , font un bout de chemin avec moi...
Les premiers km sont faits d'interrogations, de pourquois, de comment ai-je fait pour en arriver là ? La situation ne manque pas de
piquant ! Mais je suis heureuse d'être là ! Le destin (appelez ça comme vous voulez !) m'aura joué bien des tours et des détours et tout en marchant je vais avoir bien le temps d'analyser,
revivre ou comprendre, s'ily a quelque chose à comprendre, le parcours pour le moins original de ma vie !!!
Plus rien ne fait d'interférences, plus de pollutions extérieures, plus de larsen, le cerveau se vide, la conscience se fait actuelle,
présente attentive ouverte à la nature qui m'entoure et qui prend le dessus sur tout le reste : les Rolliers d'Abyssinie (cf "la Mascotte") me font une haie d'honneur et
m'accompagneront jusqu'à manantali, papillons et insectes inconnus, sifflements et crissements variés, chants des oiseaux que je m'efforce de reconnaitre, bousiers se hatant de traverser la piste
en poussant leur boulette, je revois "microcosmos", énormes iules écrasés et transportés en tronçons par des hordes de fourmis, oiseaux fracassés par le pare-brise d'un 4x4 trop
pressé, et en toile de fond, le BAFING !
Quand je l'ai aperçu, la première fois, j'ai pensé : "A nous deux , maintenant !"
C'est mon ami enseignant de Bafoulabé qui aura eu le mot du départ : "Tu entres dans un village, tu salues, tu t'assois, tu dis
merci quand tu pars !" Et c'est comme ça que ça se passe, le soir dans ces lieux inconnus, sous les étoiles exactement, " l'immuabilité et l'immensitude" ont un sens tout
particulier...
L'EPREUVE du FEU
Après les feux de la rampe, ce sont les feux de la route : les pieds en feu, les joues en feu, les ampoules de feu, les feux du soleil,
le "feu de Dieu" ...
Cela fait 9 ans que je marche en TONG et qu'est-ce qui m'a pris, le jour du départ, de mettre des chaussures de marche , trop
petites pour moi ??? Le résultat ne s'est pas fait attendre: au bout de 7km, les échauffements ont commençé. Alors on arrête tout, on enlève tout, trop tard ! Trois ampoules sous la plante du
pied droit ! Oh rage, oh désespoir! Ca commence mal! Bien fait pour moi, ces chaussures je les troquerai à Manantali.En attendant, il faut se soigner et les porter. Je vais essayer les pansements
"compeed" de Djibril. Ah, cela me rappelle les escalopes dans les chaussons de danse à l'Opéra ! Ca ira pour finir la première étape ! Moi qui ai fait tellement attention à mes pieds depuis des
mois, les huilant, les crèmant... Tout est anéanti en un rien de temps ! Je peste contre mon moi-même intérieur .
LES HIPPOPOTAMES de FAROTO
Cette halte forcée de 3 jours pour cause d'ampoules m'aura permis de les rencontrer. Depuis Bafoulabé et sa légende de Sadio, j'en
entends parler : "Il y en a en pagaille, ils sont en haut, ils sont en bas, les pêcheurs les ont vus ce matin" bref, ils sont partout mais je ne les vois jamais. Je finissais par croire à un
mythe !
Eh bien, non, je les ai vus ! A 4 km de Faroto des pêcheurs nous ont indiqués où ils se trouvaient. Une vieille pirogue cachées dans les
hautes herbes nous attendait pleine d'eau... heu, il faut monter là-dedans ? je sais nager mais mes appareils... Bon, pas le choix ! A quelques encablures, effectivement, 4 hippos ("malo" en
malinké)flottaient entre deux eaux comme dans les reportages, mais cette fois c'est moi qui suis le reportage !!!
On se rapproche, les 4 paires d'oreilles s'orientent dans notre direction car ils sont très curieux, L'un d'eux sort un peu plus de
l'eau peu profonde et nos deux piroguiers pris de panique, s'éloignent en pagayant rapidement : ils me racontent que des hippos chargent les pirogues. Or des pêcheurs m'ont assuré qu'ils
n'étaient agressifs qu'en deux circonstances : blessés ou evec leur petit .
Bref, je les ai vus et photographiés: impressionnant de voir ces énormes mammifères marins dans leur milieu naturel .
BAKOUROUFATA et l'EPREUVE de la BOUE 31/10/2007
J'avais le choix : soit continuer directement à Manantali par la latérite, soit bifurquer et m'enfoncer dans la brousse au bord des
méandres du Bafing.J'ai choisi évidement la deuxième option!
Il a plu toute la nuit, ce matin tout est détrempé, le ciel est encore noir et chargé de lourds nuages menaçants. Le chef du village et
une troupe d'enfants gelés, m'accompagnent jusqu'au petit marigot à la sortie du village. J'avance lentement, me frayant un passage au milieu des hautes herbes affaissées sur la piste étroite. Un
coup à gauche, un coup à droite, pour éviter les ornières de boue, je suis loin de mes 4km/h de moyenne !!! Je suis vite trempée jusqu'aux cuisses ! Et je finis par glisser et tomber à
genoux dans la gadoue, les tongs collés et disparus au fond ! "La gadoue, la gadoue" c'est pas une chanson de gainsbourg ça ???
Les éléphants et les cochons se roulent dans la boue, non ?? Alors je continue pieds nus, dans la BOUE ! Ca me fait même du bien à mes
ampoules en voie de cicatrisation! Plus j'avance, plus je m'enfonce dans la brousse dense. Les sorghos font plus de 3 mètres de haut et je suis seule !!
J'en rigole !
Le soleil a eu vite fait de me sécher et me réchauffer. J'ai lavé et remis mes tongs, les hameaux qu'on m'a indiqués se succèdent : Djoudjou, Mansonkolo, Badala, Famafélé, Sékoto, Diallabana
et enfin Yilimalo, juste avant le village de SANKOLA où je suis attendue !
LE VIEUX CHASSEUR
Kémoro SANGARE, ancêtre de le famille est aveugle et âgé de 94 ans. Son frère est mort l'an dernier à l'âge de 110 ans !!! C'était le chef du village de Sankola, village de Hamidou Sangaré,
directeur de l'Ecole de Bakouroufata .
Ce vieux, après les salutations et bénédictions traditionnelles, Amine, Amine, attrappe sa "cora" et commence à jouer pour moi
des musiques lancinantes dont il m'explique les significations. Quelle émotion ! Assis sur sa natte, un sourire aux lèvres, les paupières tremblantes, il revit ce passé déjà si
lointain.
La première musique est celle des chasseurs qui ont tué un lion ou un
hippopotame. Il sourit de contentement et de fierté.
La deuxième est pour danser. Le rythme change les doigts encore souples
et agiles font sonner les cordes. Il rit...
La troisième est pour le chef des chasseurs. Le ton devient grave, plus important: si par malheur, tu danses sur cette musique et que tu
n'es pas chef, tu meurs ... no comment.
Le quatrième morceau est pour les ancêtres. Ils sont partout, toujours présents; instant de recueillement, un souffle de tendresse traverse la
petite case et les notes s'envolent rejoindre les âmes...
On passerait des heures à écouter cet "ex-charlatan", (comprenez "voyant") à raconter et jouer la vie d'il y a 1 siècle !
C'était un grand voyant, mais depuis 14 ans qu'il est aveugle, il a laissé la voyance - ou est-ce la voyance qui l'a laissé...
SANKOLA et FANTA 3/11/2007 ( mon père aurait 103 ans aujourd'hui...)
Voilà le village des Sangaré, fondé il y a 120 ans par l'ancêtre, grand chasseur venu de Guinée. D'ailleurs beaucoup d'habitants ont le
teint clair, les yeux bridés et les traits fins .
En ce temps-là, les hommes ne mangeaient que de la viande et le gibier foisonnait . Aujourd'hui qu'en est-il ? Pourquoi la pauvreté et
la malnutrition ont-elles fait place à cette abondance ?
Faute d'une connaissance suffisante de la faune et du respect de la reproduction des espèces, d'une natalité galopante et
incontrôlée, des feux de brousse inconsidérés, l'équilibre de l'écosystème est complètement détruit, il n'y a plus de gibier, les céréales ont remplacé les protéines, les gros ventres et la
mortalité infantile ont pris la place des enfants muclés et bien portants. C'est la culture du MAIS ! Maïs, ne me parlez plus du maïs, ne me donnez jamais plus de maïs, par pitié ! Farine de
maïs, couscous de maïs, polenta de maïs, bouillie de maïs, jus de maïs, épis de maïs... matin, midi et soir...
Je suis reçue telle une reine ! Vous imaginez, la première femme blanche à mettre le pied ici ! (j'ai l'impression d'être les
"dupond-dupont dans on a marché sur la lune ! ) là où la main de l'homme n'a jamais mis le pied !!!
Et d'hommes blancs ils n'en ont plus vus depuis... 1945 !!!
On m'apporte, non pas un, ni deux mais trois plats de TAU, le plat national à base de... maïs !
Un des fils Sangaréne me quittera pratiquement pas pendant les 4 jours de mon séjour. Toujours attentif au moindre de mes souhaits ou
envies, traduisant pour moi, prenant des photos avec moi, me soignant lors de ma crise de foie (encore ma gourmandise : je me suis gavée de beignets, alors que je ne digère pas l'huile...)
Mais le clou, ce fut la fête organisée en mon honneur et mon "baptême". Avec les griots invités pour l'occasion, des chants des danses,
tout le village est là et je danse avec eux jusqu'à minuit passé !! Tout le monde est étonné et ravi de me voir danser si bien avec les femmes ou seule ! si naturellement ! Je me suis
régalée Inoubliable soirée !
Me voilà devenue FANTA SANGARE, petite fille du célèbre peulh, venu de Guinée grand chasseur guerrier et esclave...
L'EPREUVE du SABLE et MANANTALI
Fin du premier tronçon, 120km, 2 semaines
Mais avant d'y arriver, je dois affronter 6 km de piste de sable brûlant, toujours entre ces hautes herbes avec des picots qui
s'infiltrent entre la peau et le tee-shirt, entre les bretelles ou la ceinture, bref qui vous mettent la peau en feu ! Encore !
J'ai connu le sable en Mauritanie, en 4x4 ou à St Louis du Sénégal, au bord de l'Océan, mais là, en tong, comme dirait une amie, c'est
"otte chose" !!!
Je pense à ce français fou, Philippe Rey qui a marché du Caire à Nouakchott en Mauritanie seul avec un chameau... Son livre s'intitule
"Nomade Blanc". A lire en tous cas, ce que je fais c'est de la gnognotte à côté !
Il y a les fous de neige et de glace, suivez mon regard, c'est Stéphane Guist'HAU
et les fous ordinaires comme moi, de soleil, de pauvreté...
Dans le sable et en règle générale, en brousse FERMEZ TOUJOURS LA BOUCHE !
En plus aujourd'hui il y a du vent, ça rentre de partout, vous courbez un peu plus l'échine, vous cherchez un peu de sable dur, de
petites pistes parallèles, peu fréquentées.
Et à Dilouma, petit village de rien du tout, une femme m'emmène par la main, me sort une natte, un drap un oreiller et pendant que je
m'assoupis me fait cuire 5 poissons tout frais péchés sans huile ! Un rêve !
EPISODE 6 DAKAR-KAOLACK 12 octobre 2007
En cette veille de Korité ( fin du jeûne du Ramadan ) la gare routière de Dakar est telle la fourmilière lorsque des milliers de fourmis
déplacent les œufs, la puanteur en plus ... Là, ce sont des milliers de personnes chargées de pains, boissons, biscuits, cadeaux en tous genres, bijoux et montres brillant de fausses dorures,
postes de radios chinois ou tissus colorés, qui essayent de sortir de Dakar pour rejoindre leurs familles en brousse, dans les provinces reculées. C'est le grand exode, le chaos monstre ! Et je
me trouve là, au milieu de cette pagaille, la seule blanche à des km à la ronde... Je ne savais pas comment çà se passait, maintenant, j'ai vu, je l'ai vécu et j'ai compris ! Il est 17h 30, plein
boum!
Tout ce qui roule est sur les routes : vélos, motos, charrettes, cars pourris, taxis des villes ou des champs,
des millions de véhicules bondés crachant des fumées noires, on dirait que toutes les casses de France, par un coup de baguette magique, se sont mises en branle ici...
Mon car, dit "rapide" n'ira pas loin : à Pikine, banlieue proche de Dakar, le chauffeur et un mécano
s'affairent à changer un filtre, à pousser, en vain, le car ne repartira pas. Le ton monte entre les passagers et le chauffeur, Au bout d'une heure d'âpres discussions, on nous rembourse nos 3000
fcfa (4 euros 50) en temps normal c'est 1700, mais aujourd'hui tout est permis. Il faut descendre les bagages ficelés sur le toit, et surtout trouver d'autres places. Et la nuit tombe. Ce n’est
pas facile...C'est la foire d'empoigne, je réussis à m'asseoir à l'arrière, près de la porte au cas où... Et on part dans ce tombeau roulant, à plus de cent à l'heure. C'est de la folie... Au
passage, un taxi 7 places nous double à vive allure, transportant sur la galerie une longue caisse en bois avec des poignées en corde et dont le couvercle bâillant hoquète à chaque nid de
poule...
Ca craque de partout dans les ornières nombreuses et profondes et particulièrement sous mon siège ce qui me
fait penser qu'il va se passer quelque chose ...Mais il y a d'abord le contrôle de police à Fatick : comble du comble, le chauffeur n'a pas ou plus de permis ! Alors ça recommence, le même
scénario, ça cri, ça s'engueule, on redescend les bagages, on veut être remboursés! Puis tombe un ordre dans mon dos : "ALLEZ, MONTE!", re-précipitations, re-bousculades,
re-insultes. On lance les bagages sur le toit et on repart encore plus vite, encore plus excité... Et ce qui devait arriver, arriva...le cardan a cédé et il a fallu plusieurs dizaines de mètres
pour stopper ce véhicule fou. Nous sommes à 15 km de Kaolack, il est minuit, j'appelle Jules, et il a fallu encore descendre les bagages sur une route à deux voies surchargées de véhicules dans
les deux sens et les 50 personnes du car arrêtant d'autres véhicules s'arrachent les quelques places disponibles.
Je me retire de cette folie, bien décidée à continuer à pied, lorsqu'un petit car arrive, se gare
et j'entends : "ALLEZ, MONTE"
Il aura fallu 7 heures pour faire DAKAR-KAOLACK là où d'habitude on en met 3 et demi ...
KAOLACK-KAYES (Mali)
Encore une épreuve, une de moins sur la liste, inconnue de moi
!!!
Là c'est le pompon ! On croit toujours avoir vu le pire mais non, il y a toujours plus fort !!!
J'avais oublié que en rentrant du Mali j'avais dit : " Le bus, jamais plus ! "
Donc, j'attends au Marché Bambara à Kaolack, l'arrivée de ce bus, on m'avait dit 14h on partira à
16h35...
KAOLACK, la chaleur de Kaolack, à nulle autre pareille, chaleur sale, chaleur qui colle à la peau, poussière de sable gras, huileuse,
pisseuse dont la crasse vous bouche les pores et l'odeur vous brûle les narines .A l'intérieur du hangar qui sert de salle d'attente, on est agressé en permanence par des hordes de mouches et
s'il y a quelque chose que j'ai du mal à supporter ce sont bien les mouches...
A l'extérieur, l'air irrespirable des gaz d'échappement vous recouvre d'une pellicule grasse. Une rafale de
vent que l'on pourrait espérer bénéfique soulève un nuage nauséabond dans un tourbillon de papiers gras, bouts de journaux et "m'bouss" (sachets plastiques) de toutes tailles et toutes
couleurs.
J'hérite de la seule place restante, au milieu de la dernière rangée de sièges, tout au fond. Là je
commence à avoir de sérieux doutes: je ne tiendrai pas, enfermée, sans fenêtres, entre des hommes suant, collant, gesticulant : ce sont des Peulhs, agriculteurs, sortis de leur brousse pour
la première fois et tout excités comme des gamins partant en colo !!! La porte se referme et telle un ressort, je me lève et enjambe bagages et tabourets de bois au milieu de l'allée, me
retrouve devant à la hauteur du premier rang. Je m'assois sur le premier tabouret-strapontin, ouf, je vois la route, je respire, la porte avant du bus reste toujours ouverte… Et à ce
moment, un jeune homme à la peau blanche que je n'avais pas eu le temps de remarquer, assis au 3eme rang, se lève et me propose sa place ! Je le remercie et lui dis qu'on verra plus
tard...
C'est un argentin, Pablo, de Buenos Aires (tiens donc...) qui part à Bamako chercher un maître de tam-tam, il a été très déçu par le
Sénégal, (tiens donc...) il a 24 ans, est prof d'espagnol et sa copine est trapéziste (tiens donc...) On n'en sort pas !
Nous parlons à chaque arrêt du bus et ce n'est pas ce qui manque : on roule une heure, on s'arrête une demi-heure. A cette
allure là on n'est pas encore arrivés!
Et pendant qu'on roule, un drame se joue sans qu'on n'y comprenne rien, bien sûr, je ne parle pas le bambara !!! Ca crie,
ça s'invective, ça menace, ça se lève de toutes parts, on est pour ou contre, juste au-dessus de moi les gesticulations bruyantes me frôlent. Je me tasse de plus en plus sur mon tabouret, on
entend le mot polic, le soi-disant chef de voyage n'ayant aucune autorité, le chauffeur s'arrête et on descend rapidement. Et ça continue dehors, finalement ça se calme après l'intervention d'un
"sage" et fuse le seul mot que je reconnaisse en sérère : "a faga, a faga," c'est fini, c'est fini. Et le voyage se poursuit sur cette route qui n'en a que le nom ...
A 23 heures on s'arrête à Menpentoum pour passer la nuit. C'est un bled paumé où tout est fermé...Ce n'était pas
prévu, mais bon… On trouve une natte libre sur un socle en bois pas trop pourri !, on s'y allonge sans pouvoir fermer l'oeil : moiteur, moustiques, criquets et bavardages incessants nous
tiennent éveillés. A 1h30, on nous vire sans ménagement, alors nous décidons de marcher, sous les étoiles exactement, pour passer le temps ! Des formes sont allongées de part et d'autre de cette
rue, d'ordinaire grouillante de commerçants. On dirait qu'un sort a plongé tous les êtres dans un sommeil profond ...Quelques moustiquaires semblent des spectres suspendus aux bois des
cabanes-boutiques fermées. Seules quelques lampes nous indiquent la droite et la gauche. C'est une ville fantôme. A 4 heures un peu de fraicheur nous permet de dormir un peu dans le bus.
Départ 5h45, arrivée à Tambacounda 8h30, où on peut enfin prendre un café avec du pain ...16 heures pour arriver à Tamba, du jamais vu,
de la folie ...
Enfin la douane sénégalaise à Kidira, il est 12h15. Attente dans l'angoisse, chacun paiera 1000 fcfa, sauf nous... Pablo et
moi...
Il y a des milliers de bus, donc des millions de voyageurs qui paient tous 1000, Ce sont des centaines de millions de fcfa que tout le
monde se partage allègrement et ça remonte jusqu'au ministre. No comment...
A 13 h, douanes, rien à déclarer, chaleur accablante, rien à manger...
Frontière malienne, rapide, encore 1000 pour tous sauf nous...
A 14h on repart et POUF ? C'est la panne, le moteur a chauffé. J'espère que ce n'est pas le joint de culasse... On met de l'eau, on
arrose le radiateur et on repart et RE-POUF!!!, re panne. Je commence à désespérer de jamais arriver à Kayes. Silence, tout le monde attend sous les baobabs ... Je revois la pharmacie où en
pleine nuit en janvier dernier, Bréhima nous avait accueillies, Kumba et moi (voir le voyage en pas Dogon)
On repart au ralenti cette fois !
Et KAYES enfin, à 18 heures. Je suis triste de laisser le petit Pablo continuer seul jusqu'à Bamako. Je lui laisse le téléphone de
Bréhia, on ne sait jamais ...