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trek rive droite du fleuve Sénégal, Mali et Guinée, 640 km en solo

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En pays Dogon

Extrait de mon journal de bord, MALI, janvier 2007
 

CIMG0833.JPG
7 janvier 2007
 
    Là, c’est sûr on va dormir sans toi, sans toit sous les étoiles ! 50 heures d’autobus nous attendent entre Dakar et Bamako, et ensuite 700 km de taxi-brousse puis à pied si la forme est toujours là !
    A bientôt, forget me not, j’ai besoin de vos pensées à tous ! Inch’allah !
    Les passages aux frontières ont été éprouvants, attentes interminables sous un soleil de plomb, angoisse pour la majorité des voyageurs : camerounais, gabonais, togolais, ivoiriens, sénégalais et même maliens auxquels on fait subir un racket systématique : 1000 fcfa par ci, 2000 fcfa par là, sauf à nous deux, blanches, européennes et françaises. J’ai souvent eu honte d’être française.
     A quand les citoyens du monde et l’abolition des passeports ?
 
17 janvier 2007
 
    De Bandiagara : "dénao, dénao !"
    Ma bonne étoile me guide toujours vers les bonnes personnes.
Après Bréhima, pharmacien à Kayes qui nous accueillit chez lui à 1 heure de la nuit et nous apporta sur un plateau un PC portable, le téléphone, du café, du pain, du beurre en nous disant : "si vous voulez vous connecter … ? "
Après Amine, notre ami libanais qui nous offrit l’hospitalité plusieurs jours à Bamako, ville de tous les dangers, nous trouvons à nous loger chez Abdoulaye SY, un jeune de Bandiagara qui tient un dépôt de boissons pour tout le plateau. C’est la première fois qu’il reçoit des blancs chez lui et en plus deux femmes ! Il en est tout ému, très poli, heureux et même un peu fier ! Ce sera notre camp de base, matelas épais, moustiquaire, frigo, eau chauffée tous les soirs pour notre douche ! Quelle gentillesse ! Inoubliable Abdou ! 


CIMG0810.JPG      avec mon ami Amine
Il appelle en renfort son ami instituteur Kopri pour nous sortir un soir au restau, en moto (petite japonaise bas de gamme, mais très en vogue à Bandiagara) Il fallait voir les deux copains très fiers, tout beaux avec leurs deux toubabs accrochées à leur boubou et sans casques ! Ca m’a rappelé ma jeunesse !
     A Bandiagara nous avons retrouvé les tradi-praticiens rencontrés au Sénégal et les "traumatos" à mains nues et visité leur centre de plantes médicinales.
Nous voulons éviter à tout prix les circuits touristiques, leurs guides cfa, limites agressifs. La marche à pied étant le moyen de transport le plus sûr et le plus économique, nous partons à la découverte de trois villages aux environs : Sinkarma, Pouroli et Sibi-sibi.
    Ces petits villages Dogon se ressemblent tous et me font penser aux Schtroumfs ou à Tolkien… avec leurs greniers à grains couverts de petits chapeaux de paille pointus, leurs ruelles étroites aux murs en pierre de taille, les bâtiments en banco lissé comme les châteaux de sable de notre enfance.
    Et là encore des rencontres étonnantes :
A Pouroli, l’inoubliable Seydou qui dès notre arrivée au pied du village nous apporta un plat d’"andicambo" plat national à base de fonio une céréale plus petite que le mil avec une sauce au gombo et huile de palme… mais quand on a faim ! Sa vieille maman, 10 mn plus tard nous apporta des patates douces cuites sous la cendre, un vrai régal malgré les petits grains de sable craquant sous la dent !
Et Bokary, le chef du village que nous allons saluer et qui nous offre une "chambre" avec vue imprenable sur la brousse, au calme, avec garde du corps et petit déjeuner "au lit" à 7 h du matin !
    Dure fut la nuit à même le sol, avec mon poignet que je ne savais pas encore fracturé ! Le lendemain matin, Seydou, toujours lui, refusa de nous laisser partir seules pour le prochain village, nous accompagna en laissant ses travaux des champs et nous remit "en main propre" au prochain chef du village de Sibi-Sibi.
    Là, les jardins en culture d’oignons, au bord d’un marigot pas encore asséché sont un véritable enchantement ! Ces plantations (importées par Marcel Griaule en 1931) sont devenues la principale ressource pour la majorité des Dogon. Tantôt patchwork, tantôt jardin japonais ou gazon anglais le travail y est très dur 8 mois par an. Telles des fourmis, ces cultivateurs de tous âges arpentent du matin au soir, sur des hectares, de petits sentiers qui descendent vers l’eau et remontent chargés de lourdes calebasses qui servent d’arrosoir.
Pendant ce temps les femmes pilent les feuilles d’oignons qui une fois séchées en boulette s’exportent ou servent de monnaie d’échange.
 
22 janvier 2007
 
Nous avons marché, beaucoup marché, escaladé, sué, transpiré…
    Après les jardins d’Eden, nous voici plongées dans "la guerre du feu". Là de Dogon, il n’en reste que le nom : c’est la pauvreté à l’état pur, la misère en haillons : où sont les repères, les rites secrets, la culture Dogon ? Seule existe la culture des oignons. Je songe à ces civilisations disparues, Atlantide, Inca…
    Tegrou, petit village découvert au hasard de nos pérégrinations loin des chemins touristiques à la tête duquel règnent Adama Djiguiba et ses trois femmes… C’est Quasimodo, éclaté de rire, la tête penchée, collé à nous ! Il nous demande si nous sommes arrivées avec la "gros noiseau" comme Chirac (quand est-ce que Chirac est venu à Bandiagara ?) et si en France nous avons aussi une lune, un soleil, des étoiles, des ânes ou des vaches à bosse ! Sa naïveté nous touche. Il nous offre avec honneur sa "chambre d’amis" qui ressemble plus au cachot du Masque de Fer, les chaînes en moins, les gris-gris pendus au plafond en plus. Nous avons du mal à nous endormir à même le sol inégal de terre battue sous le regard indifférent d’une poule qui couve dans un coin !
    Au petit matin, les locataires habituels du lieu viennent nous déloger : ânes, poules et moutons grattent à la porte pour prendre notre place ! Nous passons donc dans la caverne contigüe, où là, serrés l’un contre l’autre autour d’un maigre feu, se tient une nichée de "morveux" transis de froid dans ce petit matin glacial, leur gros ventre attendant un hypothétique bol d’eau de riz
    Tout est noir, les peaux, les marmites, les cailloux, la terre, la fumée nous pique les yeux, nous avalons notre café en silence, après avoir distribué nos derniers biscuits…
Djiguiba, désespéré de nous voir partir, mais ravi de ses deux nouvelles amies, nous raccompagne jusqu’à la route en contrebas, nous promettant dans un grand éclat de rires de nous appeler dans 20 jours, dans 20 jours ! Nous avons du mal à quitter ses mains qui nous agrippent littéralement !
    Ce voyage qu’on espérait" initiatique" se termine à Sangha, point de départ de toutes les excursions dans la falaise. Après un voyage dantesque, entassées comme des bestiaux, des images d’un autre temps me traversent l’esprit, wagons sans retour, cales de bateaux de la traite négrière…
    Mais non, ce superbe site, encore vierge de tout touriste il y a seulement quelques années, nous envahit par sa grandeur infinie malgré les arnaques en tous genres, l’avidité des autochtones à la vue des peaux blanches, l’agressivité des vendeurs et des enfants qui nous harcèlent de leurs "toubab-cadeau, toubab-bonbon, donne-moi le bic, donne moi l’argent."
    Comme me l’a dit un jour à Chinghetti, en Mauritanie, un vieux Maure : "c’est le tourisme qui a gâté le regard des enfants".
    Le spectacle est grandiose : cela tient du Grand Canyon du Colorado, sans les couleurs pastel et sans l’eau verte, de la Roche de Solutré en plus gigantesque ou encore des gorges du Verdon, sans le Verdon et ses cordes de sécurité !
    A l’horizon, un cordon de dunes trace nettement la frontière entre le Burkina Faso et le Mali.
    Les chemins, à pic, dans la falaise sont empruntés par des centaines d’hommes, femmes et enfants charriant sur la tête de lourdes charges de provisions ou des rouleaux de feuilles de tabac en un incessant ballet coloré, tels des fourmis travaillant à l’unisson pour l’UNITE ou un grand TOUT. La base carrée du panier Dogon évoque les quatre points cardinaux tandis que le haut circulaire se rapporte à la voûte céleste. Il symbolise l’Arche des Ancêtres.
    A l’origine, ces régions hostiles étaient peuplées de Pygmées qui furent chassés par le Thélèmes eux-mêmes expulsés par les Dogon, peuple mandingue fuyant l’islam. Ils habitèrent à tour de rôle les troglodytes qui maintenant servent de sépultures.
 
23 janvier 2007
 
De Bamako, quelques histoires pas tellement drôles… 

"ORANGE" vous connaissez ? L’opérateur vient d’acheter l’Afrique, tout est devenu orange, la moindre petite boutique, le plus petit poteau rouillé, la plus délabrée des cahutes sont recouverts de panneaux orange.
Là où il n’y a que des zébus faméliques, il y a "ORANGE".
Même le ventre vide, restez en ligne avec "ORANGE" ….
  

CIMG0868.JPG   orange ! orange ! tout est orange !
 
La petite vieille qui ne reverra jamais Bamako …
 
Ils espéraient qu’elle tiendrait le coup pour ce voyage sans retour. Au bout du rouleau de sa vie, un de ses fils la porte à bout de bras au fond de notre bus, à Mopti, et l’installe avant tout le monde. Nous nous asseyons devant ce tas de chiffons sans savoir qu’il ne respirait déjà plus. On nous fait descendre pour sortir "la vieille qui est un peu malade" et ses fils en pleurs s’engouffrent avec elle à l’arrière d’un taxi… Adieu Bamako… Simple hommage pour cette petite vieille qui est déjà en terre. Personne n’a voulu s’asseoir à sa place, à part un simple d’esprit que l’on a poussé là pour la fin du voyage…
(Je voudrais préciser ici que le mot "vieille" est, en Afrique, un terme honorifique)
 
Odeurs de "Grenouille "…
 
Qui n’a pas lu "Le Parfum" de Suskind ?
Dans ce bus surchauffé, je pensais à Grenouille ! Il se serait régalé avec ces odeurs d’ "irine", défense "d’iriner" sous peine d’amende 1000fcfa, de transpirations diverses et variées, de peaux d’oranges écrasées, encore !  De papiers gras de viande de mouton rance, d’"orangina" chaud renversé et collant, on n’en sort pas !  De papayes écrasées, de bananes pourries, de chaussettes esseulées, d’huile de moteur et gaz d’échappement…
 
Une brève de comptoir
 
La bière de mil, "dolo " en dogon, c’est super bon, pas cher (15 cts d’euros le litre) et ça casse bien ! Eh bien, figurez-vous qu’en pays Dogon, les musulmans ont le droit de boire de l’alcool, vu de nos yeux vu, mais ils ne doivent pas se faire voir ivres. Alors, ils "cuvent" sur place en continuant de boire, ah ! ah ! ah !
 
En conclusion
 
La culture Dogon est en voie de disparition dans un proche avenir en raison des problèmes climatiques (désertification croissante de cette région sahélienne) de l’exode rural, des pressions de la modernité et des ruptures culturelles dues à l’islamisation.
 
 
Merci à mon amie "Kumba", de Toulouse et Yayème, qui m’a accompagnée courageusement !

CIMG0847.JPG   Kumba songeuse !

 

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