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trek rive droite du fleuve Sénégal, Mali et Guinée, 640 km en solo

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L'EPREUVE du FEU (2) - Dimanche 20 janvier 2008

       Mais cette fois c'est du vrai feu dont il s'agit, de celui qui détruit tout .
Fascinant, hypnotisant, il peut réchauffer les coeurs et les esprits, le soir à la veillée, sous les étoiles exactement...
     Mais aussi et surtout, il est désolation et destruction quand les feux de brousse ruinent tout sur leur passage. Du nord au sud, la Guinée n'est qu'un immense brasier.
    Les paysages somptueux, grandioses, inattendus, arides ou flamboyants, desséchés ou florissants, oasis ou savanes, palmeraies ou vergers, forêts vierges ou simples herbes jaunies, sont toujours et partout entâchés de ces feux volontaires, destructeurs de magnifiques écosystèmes en voie de perdition.



La fumée acide, âcre emplit les vallées d'un brouillard qui aveugle et voile les montagnes d'un pâle film uniforme. Plus de reliefs, plus de profondeurs, plus de couleurs. Des copeaux de cendre virevoltent sur la piste et la crainte de me voir cernée par les flammes incontôlables et incontrôlées attise ma vigilance et mes sens.
  En ce dimanche 20 janvier, juste en haut, de l'autre côté de la colline, la piste débouche sur un feu gigantesque, imprévisible, un rideau de fumée, des fumerolles et des flammes partout crépitent grésillent et dévorent tout. L'immense et touffue forêt sur ma gauche dégage une fumée noire qui monte très haut dans un bruit d'enfer, de craquements, de douleurs et je stoppe net.
  J'observe ahurie et anéantie ce spectacle de mauvais goût tout en repérant un point de repli en cas de brusque changement d'orientation du vent: une grande parcelle déjà brûlée pourra faire l'affaire . Je n'ai pas peur, je suis entièrement concentrée sur ce qui m'entoure .
  Je décide d'avancer repérant le tout petit chemin encore épargné, la direction du vent.  Les flammes surgissent au milieu des herbes sèches, à droite et à gauche, quand soudain, des hurlements de douleur presqu'humains  traversent l'espace et me tétanisent , me glacent, puis un autre, plus grave lui succède à quelques dizaines de mètres de moi... J'ai bien sûr tout de suite pensé à une guenon-chimpanzé et son petit, piégés par la monstruosité des hommes.
  Mais je dois avancer encore, impossible de reculer. Devant, le chemin a l'air dégagé, les flammes sont tout autour de moi. Je cours vite malgré mon sac-à-dos, zut le chemin est barré par des feuilles sèches en flammes. Sans réfléchir, je saute par-dessus et cours... Je me retourne, c'est fini, le danger est derrière moi. Je suis en nage, en larmes, le coeur en folie.
   Les arbres chauds, dénudés, fumants laissent couler des larmes de cendre et baignent dans une mare de pleurs gris

      

  

               

 

Mes sanglots semblent flotter dans l'air, me lavant des douleurs de ce monde souffrant, impuissants à calmer mes soupirs, ma tristesse, ma révolte et mon désespoir.

 

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