trek rive droite du fleuve Sénégal, Mali et Guinée, 640 km en solo
Là, ce fut quelque chose d'unique et malgré ma contrariété de devoir effectuer ce parcours à moto pour cause de coup de pied gauche enflé, je ne regrette pas ! Quelle épopée !
Imaginez si vous le pouvez le tableau suivant,"Darjela-Fanta" collée au pilote, les mains croisées sur son abdomen, le nez écrasé dans le col de son blouson en simili cuir, les lunettes de soleil collées aux yeux à demi clos, coincées par le foulard, le sac à dos sur le dos, sanglé et bloqué par le petit dossier passager, en tong, on m'avait dit qu'il y avait des marigots à traverser ce qui s'est avéré faux, des ponts en planches ou bambous ayant été construits. Le départ à grands coups de klaxon et de poussière au milieu de la foule du marché de Fandanda fut l'évènement du siècle !!!
Marché de Fandanda
La nuit arrive très vite sous les tropiques. Le pilote lui n'a pas de lunettes. Insensé... Car ce parcours de 30 km qu'on effectuera en 1h 15 tient du cross, du gymkana, et du Paris-Dakar ! La peur ne m'effleure même pas je lui fais entièrement confiance et je me fonds dans la vitesse et fais corps avec son corps et la moto ! Pas question de regarder à droite ou à gauche. Je jette seulement un coup d'oeil devant de temps en temps. Parfois je ne vois même pas la trace de la piste. Tout y est passé : rochers, cailloux, gravillons, arbres, arbustes, souches, sable mou, sable dur, mottes de terre, termitières, herbes sèches hautes et serrées. Pour les passages dangereux en pente raide, la traversée des rivières et marigots, les ponts suspendus en bois, je préfère marcher, je l'avais prévenu avant et il a accepté car il se doit de m'amener entière et en bon état à Diatiféré ! Sa réputation est en jeu et j'ai payé !

La piste zigzague au milieu de tous ces obstacles et la moto penche un coup à droite, un coup à gauche, dérapages, rattrapages, accélérations, il doit avoir de sacrées cuisses le pilote, pour redresser la situation à tous les coups ! De temps en temps quelques onomatopées m'échappent du genre : "ouaille, hum", la bouche fermée quand je décolle sur les rochers, ouf ! Quand ça passe bien ! Il trouve le moyen de me demander si ça va, de regarder derrière et de laisser passer celui qui fonce comme un dingue. Car, en ce jour de marché, veille de la Tabaski, il y a beaucoup de monde ayant fait le déplacement : vélos, piétons, motos, il faut piloter le doigt sur le klaxon !
Ca passe ou ça casse, je n'ose imaginer la deuxième solution...
Une fois de plus mes anges gardiens et petits génies de la forêt sont bien là et m'entourent de leur protection.
" maisons " des petits génies...?