Là, c'est dur. Mon ampoule me brûle et je pense à mon ami Stéphane Guist'Hau, dans le Grand Nord, tirant son traîneau de 60 kg avec les talons en sang ... http://www.guisthau.com/ http://www8.garminfrance.com/expeditions/interview-guisthau.php J'ai oublié de préciser que depuis Gouraye, je marche en tongs, j'ai laissé chaussures et chaussettes et c'est l'échauffement du plastique sous les pieds qui provoque les ampoules à répétition, je pensais que ma peau se durcirait, il n'en est rien ... Tant pis, je n'ai pas d'autre choix.
Alors que j'étais à 2 de tension, à 3 à l'heure et avec le moral dans les talons, un magnifique rollier est venu m'encourager et me prévenir, me dire de faire attention, d'être vigilante. Il suffit de le comprendre.
mon rollier d'Abyssinie
Je marchais tranquillement, plongée dans mes pensées, lorsque j'ai senti que l'on me suivait, vous connaissez sûrement cette sensation ... Je n'ai rien vu la première fois que je me suis retournée. Quelques dizaines de mètres plus loin, je me retourne à nouveau et j'aperçois un berger peul ( facilement reconnaissable, même de loin à son grand turban noir ... ) sortir rapidement d'un fourré et vouloir se cacher encore derrière un arbre, mais comme il a vu que je l'avais vu, il a pris la piste derrière moi, comme si de rien n'était... J'avançais en me demandant quelle attitude adopter. J'avais dans la poche droite et pour la première fois depuis que je voyage à pied et seule, ma petite bombe anti-agression, cadeau d'un commerçant d'Autun. Je la prends dans ma main droite, on ne sait jamais ...Je n'ai pas peur, je suis seulement sur mes gardes . Je décide alors de m'écarter de la piste pour le laisser passer devant moi . . Au passage, sans tourner la tête, il me salue d'un "salamalekum, bismilla", mais sans ralentir. C'est curieux, car un berger, en temps normal, se serait arrêté et m'aurait demandé où j'allais ... J'ai bien fait de le laisser passer devant moi. Je laisse un peu de distance entre nous et contrôle ainsi la situation. Après quelques centaines de mètres, je m'arrête, l'ayant perdu de vue dans un virage de la piste. Me voilà de nouveau attentive avec des yeux derrière la tête et le regard sur 360°! J'en avais oublié la brûlure de mon ampoule qui revient de plus belle ! Enfin, j'aperçois les tours de la mosquée de Gakoura, encore 2 km et j'y suis . J'en ai les larmes aux yeux ... Et à ce moment-là, arrive, non pas Zorro, mais une grosse moto et un charmant jeune homme qui me dit " allez, monte " ! Je n'hésite pas une seconde, je l'aurais même embrassé, mais ça ne se fait pas dans ces pays ... Il m'emmène chez le chef du village aussi vieux que les autres et au bout de 4 heures, vu que personne ne s'occupe de moi, je prends mon sac et m'en vais...Je retrouve le jeune et sa moto, sa famille où l'on me gâte et où je resterai jusqu'au lundi .