Quelle équipée, quelle épopée, quelle journée !
Lever 5h, en pleine forme, une belle demi-lune éclaire encore la cour .
Timousse, le bébé chat ne me quitte plus, dort avec moi ...
Café, pain grillé au feu de bois, sac à dos au complet, nous sommes prêts pour la "chasse" à l'éléphant!
Maïga a tout prévu car il allie travail et tourisme !
Nous voilà partis sur son vélo avec la barre d'hameçons sur l'épaule, cette fois sur la rive droite du fleuve Mouhoun, dans la réserve des Deux Balé.
Oh merveille! mon rollier est là, " Allez-y, c'est tout bon, c'est bien par là ! "
Après quelques kilomètres de brousse desséchée et aride, la forêt s'épaissit, les herbes sont plus hautes et plus vertes.
Maïga pédale allègrement, comme s'il était sur le goudron ! Parfois nous marchons et je porte sa barre d'hameçons en plus de mon sac à dos ! Pas facile de ne pas accrocher les épineux ...Parfois, il s'arrête, écoute, observe entre les arbres ou le vol des oiseaux .Et pile, il bifurque à gauche, sa barque est là, en face, sur la rive gauche, au centimètre près ! Je suis impressionnée, car il n'y a pas de piste marquée, mais c'est un homme de brousse, un vrai .
En quelques minutes, il est à l'eau, écope et ramène la barque, pauvre embarcation de planches mal jointes ...
Il me fait signe qu'il a entendu des bruits de branches cassées et j'ai aussi entendu un petit barrissement. Mon coeur se met à battre, Maïga, encore mouillé, prend mon sac à dos, enfile à moitié ses chaussures et l'un derrière l'autre, nous nous dirigeons vers les bruits ...A ce moment précis, mon rollier fait devant nous un arc de cercle majestueux, se pose à la cime du plus grand arbre, là juste devant nous : ILS SONT LA !
Accroupie, je scrute les arbres dans la direction que m'indique le doigt de Maïga . Je ne vois rien que des troncs d'arbre et de hautes herbes..., et puis une "branche" bouge, c'est une queue, il est de dos, c'est un gros, puis s'avance un jeune aux courtes défenses. J'ai le souffle coupé, les larmes aux yeux, ils sont un peu loin pour les photos. Nous avançons un peu, le plus gros se retourne et nous fait face, ses oreilles immenses en "écouteur" ! J'ai l'impression de ne plus respirer, ma bouche ouverte se referme sur mes doigts, non, je ne rêve pas !
Je prends confiance, avance un peu plus, ils savent que nous ne sommes pas dangereux et ils ne sont pas agressifs .
Je suis paralysée par l'émerveillement, je me sens devenir fourmi, ou puce ...
Ce n'est plus le documentaire à la télé, nous sommes LE documentaire !
Dans l'après-midi, nous les retrouvons à quelques 300 m de notre bivouac !
Ce ne sont pas les mêmes que ce matin : deux femelles et deux jeunes . Elles nous font face, juste derrière la première rangée de broussailles et d'arbustes .Nous ne pouvons avancer car nous serions à découvert, mais ce sont elles qui avancent ! Nous battons en retraite doucement, un oeil derrière, mon coeur bat la chamade : et si elles nous chargeaient ?
Un centième de seconde de réflexion et nous nous réfugions derrière un énorme arbre au milieu de la clairière.
Et là, comme pour nous faire plaisir, les deux éléphantes s'avancent, à découvert, s'arrêtent, posent !
Je photographie ces instants de pure beauté! Et comme elles sont venues, elles s'en retournent...Magique!
Arrivés à la "maison", je chante et danse avec les enfants et Damata !
Opération éléphants réussie, mission accomplie !