Je ne la recherche pas bien sûr, je ne la provoque pas non plus évidemment ! Mais elle est là, toujours présente. Alors mieux vaut l'apprivoiser tout de suite, la capturer dès le départ et bien l'observer, se l'approprier, l'intégrer pour ensuite la laisser et l'oublier si possible petit à petit, c'est le seul moyen de vivre avec ! Car elle est là, tenace, insidieuse, elle vous surprend là où vous ne l'attendez point ! Douleur fulgurante, fugitive, lancinante, persistante, ou changeante, elle se manifeste à tout moment.
Ce qui vous donne un nouveau sujet de méditation: tout ce qui est nouveau est intéressant, surtout en marchant, lorsque la monotonie des pas vous rend parfois morose...
Mais c'est toujours dans les premiers kilomètres qu'elle vous surprend. Alors, concentrez-vous sur le point douloureux, trouvez-lui un nom. Si vous ne le connaissez pas, inventez-en un ; observez sa fréquence, continuité ou alternance, sa matière, os, tendons, muscles ou ligaments et posez-vous les bonnes questions : est-ce que je marche trop vite ou est-ce l'accumulation des kilomètres ou bien est-ce les chaussures inadaptées ? Ca je le sais depuis le départ, c'est ma plus grosse erreur et ma plus belle bêtise : n'avoir pas acheté des chaussures dignes de ce nom par manque de moyens. J'aurais dû emprunter la somme nécessaire et équiper mes pieds dont j'ai le plus besoin. Je l'ai payé très cher. C'est encore un sujet de méditation, je n'ai jamais su demander, est-ce de l'orgueil ? un manque d'humilité ?
Mais revenons à notre douleur et méditons : rentrons dans cette douleur afin de mieux l'examiner et la comprendre. Il ne faut pas la subir passivement en se disant que ça va passer, non, ou se croire plus forte qu'elle en se surpassant. La douleur sera toujours la plus forte ainsi. Il faut la transcender comme l'oeuvre excellente à accomplir : la purification par l'épreuve et la douleur (cf Milarepa)
Là, dans le calme et la sérénité de ces forêts vierges, tout se met en place, un rythme s'installe, la respiration se régularise votre conscience est précise, attentive, et la douleur, soit diparaît, soit se fond dans votre corps et n'existe plus par elle-même.
Ce fut la même chose pour que mon corps s'habitue à dormir sur les rondins de bois ou les bambous. Il a fallu dès le départ mettre en place une stratégie d'observation et d'accoutumance, d'acceptation : avec mes 47 kg, mes os ne sont pas trop recouverts de graisse et pointent sous ma peau. Alors, même processus que ci-dessus, mais allongée ce fut par la respiration que j'ai apprivoisé cette épreuve que je nommais *l'épreuve du fakir*. Hanches, côtes, coccyx, coudes, épaules, omoplates, on dirait que tous ces os saillants se sont arrondis au cours de ces longues nuits et ne me posent plus aucun problème.
Il en fut de même pour mes séries d'abdominaux. Je me revois encore, sur le bâteau, entre Sète et Tanger avec Françoise de Dijon (coucou au passage !) elle, me montrant des séries et moi lui apprenant la salutation au soleil. je n'arrivais pas à en faire plus de 5 des abdos et j'en suis à 100, sans forcer !
Mais attention, quand la douleur devient persistante, alors là, il faut écouter son corps comme me l'a recommandé Jean-Claude de Sokone et stopper. C'est un signal fort qu'il faut entendre et écouter, surtout quand il s'agit des pieds ! C'est ce que j'ai fait, même si cela m'a pris du temps.
Alors, après mes nombreux arrêts pour cause d'avaries pédestres, le but se précise de jour en jour...
SOUFFLE du PAS...